 |
|
 |
La Toussaint en Corse
|
|
Pendant des siècles, les Franciscains ont façonné l'âme corse autour de la Passion, de la Croix et de la présence permanente de la mort.
Autrefois, le jour de la Toussaint, le sgio (seigneur) du village envoyait à tous les foyers des quartiers de viande et des sciaccie, sortes de chaussons ronds, pleins de brocciu (fromage de brebis) et de raisins secs.
Dans la tradition insulaire, les défunts tiennent une place considérable et interviennent même en cas de danger.
Ce jour de la Toussaint, qui est encore dans l'île, au sens antique du terme, la Fête des Morts, la nuit, les morts sont supposés revenir dans les lieux qu'ils ont habités. Il leur fallait alors absolument trouver cette demeure en l'état ou ils l'avaient laissée et la table mise.
Ce soir-là, on mettait donc leur couvert. En règle générale, avant d'aller se coucher, on posait sur la table, ou sur le rebord de la fenêtre, un pain et de l'eau, ou du lait et des châtaignes. Mais, dans certaines familles, on servait le rôti dans les assiettes, tout comme si les morts allaient arriver pour partager le repas. Le lendemain matin on interprètait les traces laissées dans la cendre du fucone (foyer) et la famille mangeait les plats ainsi préparés.
La coutume s'est maintenue, aujourd'hui encore, on fait des gâteaux, bastelle ou sciacce, que l'on distribue autour de soi, chacun les offrant aux voisins et amis "pour ses morts".
A Bastia, on confectionne pour la Toussaint, un gâteau particulier, en forme de S, de 20 à 30 centimètres de long, la Salviata. Il est fait à base de farine de blé, d'œufs, de beurre, de liqueur d'anis et de sucre. Jusque vers les années cinquante, le jour des morts, les familles bastiaises prenaient à pied le chemin du cimetière. Les parents enfilaient des châtaignes bouillies et des pommes pour composer des colliers que les enfants suspendaient à leur cou pour grignoter ces fruits tout au long du parcours.
Une autre coutume de ce jour particulier, voulait que la nuit de la Toussaint, les jeunes gens du village montent au clocher de l'église et fassent sonner les cloches à toute volée (la pratique a perduré dans le Niolu jusqu'à la Seconde Guerre mondiale).
Cette communion avec les disparus prenait une grande force poétique. Ainsi, le soir de la Toussaint, on va fleurir les tombes, mais surtout les éclairer avec des lumières rouges dont la flamme résiste aux intempéries. A l'époque où dans un village il n'y avait pas toujours de cimetière et où chacun enterrait les siens dans son propre champ, on voyait toute la campagne illuminée par des centaines de petites flammes vacillantes, comme vivantes.
Plus tard dans le mois des défunts, le 30 novembre, on fête en Corse Sant'Andria.
La tradition de Sant'Andria voulait que les jeunes gens se réunissent à la tombée de la nuit sous la conduite d'un responsable qui connait a "precantula" et du porteur du sac "u saccu" pour aller faire le tour des maisons du village et frapper de porte en porte en chantant.
Les propriétaires des maisons visitées se devaient d'offrir divers fruits, friandises et vins... A la fin de la journée, les jeunes se réunissaient dans un local du village et tous ensemble faisaient la fête.
|
 |
| > Envoyer cet article à un ami |
|
 |
|